La culture du web, une affaire de jeunes ?

Si vous lisez mon blog, c’est normalement que vous avez l’habitude de vous balader sur internet. Pour ma part, je baigne dedans depuis l’âge de quatorze ans. A ce titre, j’avais tendance à penser que ce langage était presque universel… Et puis j’ai scrutés les murs de mes amis facebook.

fracturenumerique3finiComme je le faisais remarquer ici à l’occasion de la création de Meatspace, les adolescents aiment de moins en moins facebook. Une des raisons principales de ce désintérêt : les vieux s’y mettent aussi. De mon côté, j’ai tendance à penser que parents sur facebook = danger. Non pas que j’aie des photos compromettantes à cacher (je protège mon e-réputation moi mossieur), mais je souhaite me préserver des messages honteux et malencontreux. L’un de mes amis est régulièrement assailli de messages de ses tantes, parents et grands-parents. Le moindre message parlant vaguement d’alcool ou de tout comportement moralement limite se voyant alors assailli de « attention chouchou pas trop hein ! Bisous. ».  Ce n’est qu’un exemple et je pourrais en citer beaucoup d’autres. Certains de mes amis sont la cible quotidienne de petits surnoms datant de leurs 5 ans, de remarques naïves et de « bisous » en fin de messages. Ceux-ci (et c’est ça le vrai problème), étant visibles aux yeux de tous. La plupart n’ont sans doutes pas conscience que faire ça équivaut à prendre un mégaphone en plein milieu d’une place bondée pour parler de ses hémorroïdes. Mais je ne m’épancherais pas plus sur ce sujet, qui a déjà bien été traité (par exemple ici).

Une question de génération ?

Ce n’est pas étonnant que les générations au-dessus aient parfois du mal avec le numérique. Je suis née dedans, et mes potes qui ont trois ans de moins que moi manient mieux la technologie que moi. Ce qui m’interpelle plutôt, c’est qu’il m’arrive de me heurter à cette fracture culturelle avec des gens du même âge que moi. En début d’année, lorsque j’ai demandé à une camarade de classe quel navigateur elle utilisait, elle m’a bafouillé qu’elle se servait du « e bleu » (donc d’explfracturenumerique2finiorer). Difficile pour moi de prendre du recul alors que mon père est informaticien et que mon frère prône le livre numérique. Aujourd’hui, il y a toute une culture du net complexe et difficile à aborder de l’extérieur. Rien que l’utilisation des mèmes tels que forever alone ou me gusta est devenue un langage pictural. Nyan cat est le symbole de la haine mélangée à l’adoration, les licornes sont devenues cool, et Chuck Norris est tout puissant. Ces traditions n’ont aucun sens, sans compter qu’elles sont complétement subjectives. En 2011, Titiou Lecoq et Diane Lisarelli publiaient L’Encyclopédie de la Web culture. Un livre intéressant, mais avec lequel j’étais en désaccord sur beaucoup de points. C’était un projet d’autant plus risqué qu’il fut rapidement périmé. Les traditions d’internet vont super vite, et une vidéo adulée par les internautes aujourd’hui risque toujours d’être estampillée old le lendemain.
Difficile donc de rentrer dans le bain. De l’extérieur, tout ça peut sembler absurde et même pathétique. D’où le désintérêt total et assumé de certains d’entre nous pour ces pratiques. Je pense qu’il est important de sortir de sa bulle et de se mettre en tête que la population d’internet n’est pas forcément majoritaire. Et que si par exemple demain, on décide de mettre en place des élections présidentielles en ligne, beaucoup seront largués. Mais il faut avouer qu’avoir une culture du web est un énorme plus : ça permet de se faire des potes très facilement en soirée.

Du jeu indé en BD – Reus

reus1 reus2sanscontours Reus3finiJ’ai craqué pour ce jeu parce qu’il était à tout petit prix grâce au Humble Bundle. Et je n’ai pas été déçue : il est frustrant parce qu’assez difficile, mais très addictif. Sans compter que les graphismes et la musique valent le détour.

Si vous m’avez suivie sur madmoiZelle.com, vous aurez peut-être remarqué que je suis une grosse fan de jeux indépendants. J’ai pensé qu’il serait sympa de faire une série de petites BD sur le sujet. J’espère que ça vous plaira !

Un talent très très caché

En décembre, pour un exercice de cours, nous devions boucler un projet de magazine jeunesse. La semaine du rendu, nous nous sommes aperçu que nous n’avions rien à placer au dos de la une. J’ai donc proposé de faire une page de présentation. Pour changer un peu et ajouter une plus-value (enfin façon de parler) à notre production, j’ai proposé de dessiner chaque membre de l’équipe rédactionnelle. La tâche était compliquée, puisque je n’avais qu’une soirée pour tout réaliser. Ça a donné ça (entre autres) :

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L’exercice s’est révélé intéressant, parce que j’ai du réaliser dix dessins en très peu de temps. Mais c’était surtout drôle d’essayer de dénicher les caractéristiques physiques marquantes de chacun pour que tout le monde soit reconnaissable. Ma pire déception reste par contre que les lunettes que je dessine ressemblent toujours à des masques de super-héros… Et la réaction du prof dans tout ça ? Bof.

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L’Amazonie n’est pas une exception

Depuis quelques semaines, je vois de nombreuses personnes sur le net s’insurger contre les méthodes de management d’amazon, et s’interroger sur un possible boycott de l’entreprise. La cause ? En Amazonie, le livre de Jean-Baptiste Malet publié en Mai 2013. Le journaliste parti “en immersion” sur le terrain, livre un constat accablant des conditions de travail des employés d’amazon. Espionnés, exploités, arnaqués… L’entreprise est dépeinte comme un enfer, et cela semble apparemment surprenant. En lisant tout cela, je me suis questionnée : ne serait-ce pas ce que moi j’ai vécu ?

Durant l’été 2013, j’ai été préparatrice de commande (ceux qu’on appelle les pickeurs chez amazon) pour une grande chaîne de distribution. Cette chaîne était tout ce qu’il y a de plus française, et ne faisait pas partie de ces entreprises américaines qui viennent s’installer en France, et nous imposer leurs diaboliques conditions de travail. J’ai lus de nombreux extraits publiés sur internet pour me faire une idée, et ces extraits m’ont fait tiquer. L’auteur s’épouvante de voir les employés espionnés, contrôlés dans leurs moindres faits et gestes. Là où je travaillais, nos boîtiers étaient directement reliés aux ordinateurs des patrons. On me rappelait souvent à l’ordre parce que j’avais un mauvais rendement. Une fois l’un d’eux est venu me voir en plein boulot, et m’a fait signer une feuille attestant de mon incompétence, en me précisant que celle-ci remonterait jusqu’aux ressources humaines et au big boss. Quand nous partions en pause, nous pouvions apercevoir à l’entrée du bâtiment, l’un de nos patrons qui nous observait d’un oeil sévère, montre en main. Dans un extrait publié par l’Humanité, Jean-Baptiste Malet s’exclame : “La plus criante des injustices au sujet du temps de travail est incarnée par la distance entre le lieu où se trouve la pointeuse et les tourniquets par lesquels l’on entre et l’on sort. Six fois par jour, cette traversée de deux minutes est à la charge du travailleur.”. Oui, c’est injuste. Mais dans mon boulot aussi c’était comme ça. C’est comme ça pratiquement partout. Dans cet entrepôt où, exactement comme chez amazon, des intérimaires sont employés à tour de bras afin de pouvoir les virer et les interchanger à loisir, nous étions (et ils sont toujours) exploités et arnaqués dès que c’était possible. Alors vous vous posez la question : pourquoi les employés ne se rebellent-ils pas ? Tout simplement parce que c’est ainsi dans beaucoup d’endroits.

Après m’être renseignées auprès de mes collègues, certains dans la logistique depuis plus de dix ans, j’ai vite compris que ces méthodes de travail étaient monnaie courante. Ce qui m’insupporte avec “En Amazonie”, c’est que l’auteur parle de tout ça comme si c’était inédit, un scoop, une découverte. Et surtout que c’est restreint à Amazon.

Parce que c’est important de traiter de ce sujet. Derrière tout ce que nous consommons au quotidien : la nourriture, les vêtements, l’électroménager… Il y a des travailleurs d’usines et d’entrepôts qui ont trimé. Et ces travailleurs, on n’y pense pas. En tout cas moi, avant d’y bosser, égoïstement, je n’y pensais pas. Alors je pense qu’il est important de les mettre en lumière. Le magazine Néon l’avait très bien fait avec sa série de portraits sur des ouvriers d’une usine Peugeot. En Amazonie le fait très bien aussi, mais il restreint le problème à Amazon, alors qu’il touche de nombreux entrepôts français.

Alors si vous décidez de boycotter Amazon à cause de la façon dont ils traitent leurs travailleurs, boycottez aussi toute la grande distribution du pays. Sinon votre geste n’aura aucun sens.

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Dessin réalisé à chaud cet été

Après, j’admets que c’est un sujet complexe et je ne peux y apporter qu’un seul point de vue (je ne peux pas me dédoubler). Vos réactions, suggestions et objections sont évidemment les bienvenues.

Embargo sur les réseaux sociaux

Depuis quelque temps dans les salles informatiques de ma fac, de gros panneaux sont apparus. Il y est écrit : FACEBOOK, TWITTER, YOUTUBE, INTERDITS !! Parce que, soyons raisonnables, tous ces ordis ne sont pas mis à notre disposition pour “jouer”. Certains étudiants en ont besoin pour du travail “sérieux” et si on veut aller sur Twitter, on aura bien le temps de faire ça chez nous. L’un de mes camarades a récemment tenté le coup : il a ouvert sa page facebook quelques instants, juste assez longtemps pour que le moniteur de la salle surgisse soudainement dans son dos en grondant : “FERME MOI ÇAAAAA !”. Le ton est donné : les réseaux sociaux c’est le mal, c’est fait pour les ado et les gens pas sérieux.

Logiquement, ce premier paragraphe dAngoisseevrait vous faire tiquer :  pour mes études à moi par exemple, se passer des réseaux sociaux pour bosser serait pénalisant. Mais même les élèves moins imprudents qui n’ont pas choisi d’étudier le journalisme, ont tout intérêt à s’en servir. En témoigne l’abondance de groupes facebook regroupant une même promo, afin que les élèves puissent s’échanger les cours et les informations importantes. De même, pourquoi interdire Youtube ?!  L’administration de ma fac craint-elle qu’on se matte un épisode des Simpsons entre deux CM ? Quand je dois écrire un article ou un exposé sur un sujet qui m’échappe, mon premier réflexe est de chercher quelques reportages sur le sujet afin de parfaire mes connaissances. Comme la télé diffuse NRJ12 et Arte, comme la radio émet France Culture et Skyrock, Youtube regroupe autant des vidéos de lolcats que des reportages scientifiques sur les castors lapons. Pour ce qui est de Twitter, il m’est pour ma part utile dans ma veille d’information : évidemment, ce n’est largement pas suffisant. Hier j’ai constaté que l’élection de miss France 2014 avait fait autant de bruit sur ma timeline que la mort de Nelson Mandela (d’ailleurs je ferais peut-être bien de faire du tri dans mes followings –’). Évidemment que les réseaux sociaux ne sont pas utilisés dans un but uniquement pédagogique. Mais le fait est qu’aujourd’hui, nous sommes nombreux à en avoir besoin pour bosser.

Mais l’incohérence d’interdire ces sites ne s’arrête pas là. Le but est d’empêcher les étudiants de s' »amuser” au lieu de travailler sur les ordinateurs de la fac. Mais qu’en est-il du type qui a passé tout l’après-midi sur Travian (jeu en ligne de simulation de gestion), la dernière fois que je suis allé y bosser ? Personne ne pouvait lui dire quoi que ce soit : aucune affiche ne lui interdisait de fréquenter ce site. Internet ne se résume pas aux réseaux sociaux ET aux sites sérieux. Le plus judicieux serait tout simplement que lesdites affiches précisent que les salles info sont uniquement dédiées au travail et non à la détente. Car oui, lorsqu’on a un travail à rendre pour le lendemain, que tous les PC sont pris et qu’un clampin joue à Travian, on rage, et c’est normal.

Mais interdire les réseaux sociaux, c’est rester coincé dans le vingtième siècle. Ça donne l’impression que les décideurs de la fac se bouchent les oreilles en criant “J’entends pas j’entends pas j’entends pas”. Ou alors qu’ils prennent les étudiants pour des ados de treize ans plutôt que pour de jeunes adultes. Parce que je veux bien croire qu’à chaque tranche d’âge son usage des réseaux. Mais pour moi qui dispose d’un groupe pour ma promo, un autre pour les trois promo de ma formation, et un autre pour mon demi-groupe, Facebook, c’est avant tout un outil de travail. De toute façon ça sert plus à rien pour les potins, parce que mes amis ne remplissent même plus le champ “relation amoureuse”…