Job d’été, mon amour

Salut à vous les amis ! Vous faites quoi pendant les vacances ? Farniente, plage, sorties entre amis ? Moi, durant ce mois d’aout (parfois) ensoleillé, je travaille ! Mais je ne suis pas du tout déprimée, parce que je sais que je vais par la suite avoir beaucoup d’argent ! Et puis si j’étais pas à l’usine, je glanderais chez moi et à quoi ça sert de se reposer, hein, je vous le demande ? Et puis bon, le soleil ne me réussit pas. Récit de la découverte du monde du travail, par une innocente et motivée jeune fille de dix-huit ans.

1er Aout : Coup de fil de mon agence d’intérim chérie. « On a besoin de toi dans deux heures, t’es dispo ? » Désespérée, je me vois obligée de décliner l’offre, car je n’ai pas de voiture pour m’y rendre. Une heure après, re-coup de fil de mon agence d’intérim chérie, qui décidément m’aime bien. « On a besoin de toi dans deux heures demain, t’es dispo ? » Je saute de joie, hurle à travers toute la maison et danse la lambada : j’ai un jooooooob !!

2 Aout : Me voilà donc sur mon nouveau lieu de travail. Je rencontre une autre petite nouvelle comme moi, donc je me sens moins seule. Le patron nous salue : c’est un grand type à l’air super sympa, je sens que je vais bien l’aimer ! Nous pénétrons dans l’usine, maintenue à 4°…ça pique un peu ! Et j’ai un look d’enfer avec ma combinaison de protection, mes gants, mon masque, mon indétrônable charlotte et mes bottes de cosmonaute ! Mais je ne laisserais pas ces détails entamer ma motivation. On me confie ma première tâche : ouvrir des seaux remplis d’oeufs durs avec une cuillère en métal. Pleine de bonne volonté, j’empoigne la cuillère et je me met au boulot. 5 minutes après, j’ai troués mes gants, j’ai froid aux mains et je me suis entaillés trois doigts (OUI avec des seaux, ça vous arrive jamais ?). Ravalant ma douleur, je garde le sourire sous mon masque, et je vais chercher des pansements. Puis on me fait passer à un autre travail. J’ai ainsi le loisir de discuter avec mes collègues, toutes des femmes. Tiens donc, elles ont la sympathie d’un bouledogue sénil ! Pas d’inquiètudes, c’est sans doutes parce qu’elle sont très concentrées sur leur tâche. Quel zèle ! Je suis admirative. Tiens, juste une demi heure de pause pour 7 heures de travail ? Bah, si c’est autorisé, ça ne doit pas être si difficile que ça ! Je m’habituerais. Je ressort de l’usine, fourbue mais contente : j’ai gagné la formidable somme de 60 euros aujourd’hui !

3 Aout : Coup de fil de mon agence d’intérim « Liloo, aujourd’hui tu va changer d’usine, tu va emballer des fruits de mer congelés ! » Des fruits de mer, comme c’est original ! J’espère que ça ne pue pas trop ! Un peu fatiguée, je vais à la rencontre de ma nouvelle patronne : une grosse dame très habile dans l’art d’aboyer, répondant au doux nom de Germaine. Germaine m’aboie gentiment d’aller m’habiller. Rebelote, je passe l’uniforme adéquat. Puis, accompagnée de quelques autres novices, je découvre l’art de mettre des bouts de poulpes durs comme du bois dans des sacs, avant de les peser. Je me demande si ça me servira dans la vie ? La journée se déroule, lentement, mais je met du coeur à l’ouvrage : je suis jeune et dynamique ! On passe alors aux crevettes : ces drôles de bestioles font la taille de mon poing et ont des espèces de dards, qui sont en fait leurs antennes congelées. A la fin de la journée, je grimace un peu : je me suis fait une large coupure dans la paume de la main (OUI avec des crevettes, ça vous arrive jamais ?). Mes courbatures persistent ; j’espère que mon corps finira par s’habituer à ce rythme ! Quoiqu’il en soit, j’ai gagné 60 euros aujourd’hui.

5 Aout : Les courbatures ne m’ont pas lâchée. Je suis fatiguée et un peu déprimée…il fait très beau dehors. Par contre je m’entend bien avec les autres newbies, ce qui rend la courte pause de midi un peu plus agréable. Toujours que des nanas dans cette usine, excepté les chefs, mais je suis trop fatiguée pour m’interroger sur l’égalité hommes/femmes. En revenant de ma pause, je rassemble les forces qui me restent et je plonge ma pellette dans la benne pleine de crustacés. Au bout de plusieurs heures à pelleter, je sens un « crac » sinistre au niveau du poignet. Trop concentrée dans ma tâche, je continue à bosser et tente d’ignorer la douleur (décidément, je suis une warrior). Après cette dure journée, je passe la soirée avec une copine, qui m’avoue que mes cheveux sentent la crevette. Mon poignet est tout bizarre et il a doublé de volume…en plus je n’ai gagné que 60 euros aujourd’hui.

9 Aout : Je n’ai pas renouvelé à l’usine de fruits de mer, bénissant mon poignet qui me servait de parfaite excuse. Mais cet enfoiré a décidé de se rétablir pendant le week-end, et je n’ai pas pu refuser la nouvelle proposition de job de ma fucking agence d’intérim. Je découvre alors mon nouveau lieu de travail : finis les 4°, finis les masques, charlottes A LA CON et bottes auto-transpirantes. Profitant de ce moment de répit, je note quand même que je fais 8h30-17h : des journées complètes. Lycée, es-tu là ? Mon travail, c’est de retirer des trucs non-identifiés en plastique de cartons pour les mettre dans d’autres cartons. Travail qui semble à première vue facile, mais qui se révèle par la suite meurtrier. Non pas à cause du cutter qu’on a osé mettre entre mes mains, mais simplement à cause du passage de mes bras dans les cartons, qui m’entaillent peu à peu l’intérieur de mes bras et mes poignets (OUI avec des cartons, ça vous est jamais arrivé ?). EN PLUS j’ai le droit à la visite environ toutes les demi-heures d’un relou de quarante ans qui s’est mis en tête de me draguer. Oui parce qu’il n’y a que des mecs dans l’entrepôt, bizarre non ? Bref, ce type est laid, il sent pas bon, et il est persuadé d’avoir une chance avec moi. Je suis quelqu’un de gentil alors je souris poliment, mais ça va pas durer. Non seulement on me prend désormais pour une jeune émo suicidaire, mais je récolte toujours la misérable somme de 60 fucking euros.

12 Aout : Me voilà de retour à l’usine du 3 Aout. Les gens sont toujours aussi aimables, les seaux aussi. Et pour bien commencer la journée, je me prend un jet d’eau bouillante en plein dans le bras. A l’heure où je vous parle, il est couvert de petits points rouges. Et j’ai renoncé à compter l’argent que je me suis fait cet été tellement c’est dérisoir par rapport à un loyer d’appart.

Smoutchis, Liloo

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Une réflexion sur “Job d’été, mon amour

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